Etudes de cas
 

CONDOR

Condor Aircraft

Remarque préliminaire : dans les compagnies aériennes, un navigant est un pilote, une hôtesse ou un steward.

Condor est une compagnie aérienne de Thomas Cook Group, une société qui possède aussi Havas Voyages et Neckermann. Avec ses 34 appareils, elle dessert 73 destinations (décembre 2009).

Depuis une dizaine d’années, Condor utilise CRS/C, un système de gestion des desiderata de Kernel Software. En 2008, Condor a remplacé la plupart des éléments de son système de planification des navigants, mais elle a choisi de conserver CRS/C.

CRS/C permet aux navigants de Condor d’exprimer leurs desiderata pour la date de leur bloc OFF (*) et pour une, deux ou trois rotations (**). Le système vérifie que les demandes sont conformes aux règles de planification, et, lorsqu’il y a trop de demandes pour la même rotation ou pour des blocs OFF à la même date, il sélectionne les demandes qui doivent être accordées (***).

Ce qui distingue CRS/C, c’est qu’il est un système d’arbitrage en temps réel. En d’autres termes, il ne se borne pas à enregistrer les desiderata jusqu’au jour du mois où ils seront traités, laissant ainsi les navigants sans la moindre indication quant aux chances que leurs desiderata soient accordés. Dès qu’une demande est déposée, la fonction d’arbitrage en temps réel indique à l’utilisateur si sa demande est accordée ; de plus, l’arbitrage en temps réel évalue immédiatement l’impact de la nouvelle demande sur les demandes précédemment déposées.

En effet, accorder la demande d’un navigant, c’est souvent rejeter celle d’un autre navigant dont la « priorité » est moindre. Comme un navigant peut définir des alternatives applicables au cas où son premier choix serait rejeté, et comme accorder une demande alternative peut à son tour provoquer le rejet d’une demande d’un troisième navigant, on voit que la soumission d’une seule demande peut avoir un impact sur de nombreuses autres demandes, d’une façon similaire à une boule de billard qui, percutant un groupe de boules serrées les unes contre les autres, déclenche une réaction en chaîne chaotique.

CRS/C est un système d’arbitrage en temps réel parce qu’il est capable, en une fraction de seconde, de recalculer le statut de toutes les demandes chaque fois qu’une demande est soumise ou annulée. Il fonctionne à la façon d’un marché boursier qui recalcule constamment le cours des actions, avec cette différence qu’un système d’arbitrage des desiderata gére des rotations et des jours de repos plutôt que des actions.

CRS/C permet ainsi aux navigants de Condor de soumettre des demandes qui ont une forte probabilité d’être accordées, et évite l’inconvénient de ne découvrir qu’après des semaines d’attente, et alors que tout changement est devenu impossible, que les demandes déposées ont été rejetées

(*) Un bloc OFF est une séquence de 4 jours de repos consécutifs durant lesquels un navigant a la garantie qu’il ne travaillera pas (en général, un navigant a 10 ou 11 jours de repos par mois, mais les dates exactes des jours de repos qui ne font pas partie du bloc OFF peuvent être modifiées sans préavis).
(**) Une rotation est une suite de vols partant de ce que l’on appelle un aéroport de base et y retournant. Quand les vols sont des vols long-courriers, une rotation se réduit à un aller-retour. En revanche, les rotations court-courriers comportent fréquemment plus d’une dizaine de vols.
(***) Le planning d’un navigant doit respecter un nombre étonnant de règles. Par exemple, une demande est « illégale » si la rotation demandée commence trop peu de temps après le retour de la rotation précédente, et que le temps de repos entre les deux rotations est trop court.
(****) La décision d’accorder ou de rejeter une demande est fondée sur des règles dites d’équité, qui prennent en compte de très nombreux facteurs tels que l’ancienneté du navigant ou la dernière date à laquelle il a volé vers l’une des destinations de la rotation demandée.

En pratique, un navigant qui veut demander une rotation doit d’abord connaître les destinations des rotations (les voyages lointains sont la raison pour laquelle on choisit de travailler dans une compagnie aérienne) et leurs dates de retour (chaque rotation est suivie d’une période de repos qui peut se prolonger plusieurs jours, et correspondre aux dates auxquelles le navigant souhaiterait ne pas être de service). CRS/C permet aux navigants, d’une façon à la fois très simple et très puissante, de trouver quelles rotations correspondent à leurs souhaits et à leurs qualifications.

CRS/C offre de plus un avantage unique : lorsqu’il montre à un navigant les rotations qui l’intéressent, CRS/C a déjà calculé si la « priorité » du navigant était suffisante pour qu’elle lui soit accordée. Si ce n’est pas le cas, la rotation est affichée en rouge ; il ne rime à rien de la demander. Si la rotation a encore des postes disponibles, elle est affichée en vert. Enfin, si tous les postes ont déjà été demandés, mais si la priorité du navigant lui permet d’exiger le poste accordé à un collègue, la rotation est orange.